C'est comme ça que ça a commencé. Un article dans les faits divers. Je vais vous dire, sur le moment, ça m'a plutôt fait rire. Ouais, je sais, j'ai un humour de merde.
Mais bon, Miami c'est loin de chez moi. Étonnant comme c'est plus facile de rire de la mort quand elle ne vous fonce pas dessus la bave aux lèvres.
Alors... faisons le point. Des pâtes, de la sauce bolognaise, du pain de mie, une endive, un sauciflard. En tant normal, je peux tenir une semaine là-dessus. Si je me rationne j'en ai pour dix jours. De l'eau! remplir toutes mes bassines, mes casseroles, le moindre récipient tant que l'eau courante fonctionne.
C'est idiot, je ne serai plus là dans dix jours. Ma porte est en bois, la cloison fait quatre centimètre de contreplaqué. Putain de vieux immeubles, putain de chambres de bonnes.
Quand ça a commencé vraiment, je traversais la place de la Bastille. Ça avait été une journée plutôt normale au boulot et je rentrais chez moi le pied traînant, en me demandant si j'allais m'arrêter boire une pinte au café Martini. Il y avait un espèce d'attroupement devant le ciné du boulevard Richard-Lenoir. J'ai pressé le pas. Quand on habite en ville, on s'habitue à l'idée qu'il s'y passe plein de choses qui ne vous regardent pas. J'ai entendu des cris, je me suis retourné. L'attroupement était en train de se désagréger tout doucement. Un homme s'est détaché du groupe et s'est avancé lentement vers une passante. Il lui a attrapé les cheveux et la fille a commencé à se débattre et à l'insulter. Mais l'homme ne relâchait pas sa prise et au contraire s’agrippait avec un poigne inexorable. Je me suis approché, j'ai crié de la lâcher, mais pas de réaction.
J'ai attrapé l'homme par les épaules et l'ai tiré brusquement en arrière. Il y a eu comme une déchirure. La fille criait. L'homme a trébuché et m'a entraîné dans sa chute. Dans un réflexe, j'ai pu me dégager et j'ai vu.
Il tenait toujours dans sa mâchoire l'oreille de la fille et un bout de sa joue.
Il y a eu une milliseconde de silence. La fille avait arrêté de crier et s'était évanouie. L'homme à terre tendait sa main vers ma cheville. Autour de moi, d'autres gens se battaient. Où était l'attroupement un peu plus tôt, il ne restait qu'une flaque de sang et des débris humains.
Dans le regard de l'homme, il n'y avait rien. Pas de fureur, pas de délire, rien en tout cas qui ressemble au regard d'un type qui a pris du LSD.
Sa main est parvenue à ma cheville finalement et c'est ce qui m'a réveillé. J'ai senti une autre main sur mon épaule, et une autre sur mon bras, et une autre. J'ai repris mes esprits tout d'un coup et je me suis dégagé d'une ruade avant de me mettre à courir. Je n'avais qu'une idée en tête: rentrer chez moi, me mettre à l'abri dans mon grenier de la place des Vosges. En arrivant à l'entrée du Boulevard Beaumarchais, quelque chose a entravé ma course. On me retenait en arrière. Je n'ai vu que ses dents. J'ai fait un pas en arrière pour me dégager et j'ai lancé mon pied dans le ventre qui allait avec les dents.
L'homme, ou la chose... le putain de zombie? Il a chancelé et fait un pas, deux pas en arrière. Il s'est approché de moi à nouveau, très lentement. Dans ma colère, je l'ai attrapé par les bras et l'ai rejeté loin de moi, sur le boulevard.
C'est à ce moment qu'a déboulé la Clio. La voiture l'a percuté de plein fouet, la chose a rebondi un peu plus loin et a commencé à se relever. Le type dans la Clio a freiné brusquement, la voiture derrière l'a emboutie et la Clio a fini dans le kiosque à journaux.
Je devais rentrer chez moi. J'ai couru le long du boulevard, ça me semblait plus malin que de prendre la rue de Rivoli.
Autour de moi, le chaos. Les monstres semblaient se multiplier dans la foule. La place de la Bastille un jour de beau temps. Je n'ai plus regardé que devant moi. Quand une chose se présentait dans mon champs de vision, qu'elle soit vivante ou morte-vivante, je la bousculais et continuais à courir.
Je suis arrivé devant chez moi dans cet état-là. La place des Vosges était pleine de beaux jeunes gens au regard vide, comme toujours. Si ce n'est que certains couraient , criaient, pleuraient, se débattaient tandis que d'autres tentaient de les dévorer.
Je n'ai cherché à sauver personne, j'ai sorti mes clés tout en courant, j'ai à peine ouvert la porte et l'ai refermée immédiatement derrière moi. La cour était vide mais j'entendais toujours les cris. Je suis monté directement chez moi.
Le chat va bien, c'est tout ce que je peux dire. Les réseaux sont tous saturés, à part la wi-fi du bureau juste en dessous. Je ne sais pas qui est vivant ou qui est mort. Si vous recevez ce mail, répondez-moi, je vous en prie, je ne sais pas quoi faire.
(à suivre.)
PS: si vous voulez une carte de la place de la Bastille, cliquez-là
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