Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 20:40

 

 







C'est comme ça que ça a commencé. Un article dans les faits divers. Je vais vous dire, sur le moment, ça m'a plutôt fait rire. Ouais, je sais, j'ai un humour de merde.

 

Mais bon, Miami c'est loin de chez moi. Étonnant comme c'est plus facile de rire de la mort quand elle ne vous fonce pas dessus la bave aux lèvres.



Alors... faisons le point. Des pâtes, de la sauce bolognaise, du pain de mie, une endive, un sauciflard. En tant normal, je peux tenir une semaine là-dessus. Si je me rationne j'en ai pour dix jours. De l'eau! remplir toutes mes bassines, mes casseroles, le moindre récipient tant que l'eau courante fonctionne.

C'est idiot, je ne serai plus là dans dix jours. Ma porte est en bois, la cloison fait quatre centimètre de contreplaqué. Putain de vieux immeubles, putain de chambres de bonnes.



Quand ça a commencé vraiment, je traversais la place de la Bastille. Ça avait été une journée plutôt normale au boulot et je rentrais chez moi le pied traînant, en me demandant si j'allais m'arrêter boire une pinte au café Martini. Il y avait un espèce d'attroupement devant le ciné du boulevard Richard-Lenoir. J'ai pressé le pas. Quand on habite en ville, on s'habitue à l'idée qu'il s'y passe plein de choses qui ne vous regardent pas. J'ai entendu des cris, je me suis retourné. L'attroupement était en train de se désagréger tout doucement. Un homme s'est détaché du groupe et s'est avancé lentement vers une passante. Il lui a attrapé les cheveux et la fille a commencé à se débattre et à l'insulter. Mais l'homme ne relâchait pas sa prise et au contraire s’agrippait avec un poigne inexorable. Je me suis approché, j'ai crié de la lâcher, mais pas de réaction.

J'ai attrapé l'homme par les épaules et l'ai tiré brusquement en arrière. Il y a eu comme une déchirure. La fille criait. L'homme a trébuché et m'a entraîné dans sa chute. Dans un réflexe, j'ai pu me dégager et j'ai vu.

Il tenait toujours dans sa mâchoire l'oreille de la fille et un bout de sa joue.

Il y a eu une milliseconde de silence. La fille avait arrêté de crier et s'était évanouie. L'homme à terre tendait sa main vers ma cheville. Autour de moi, d'autres gens se battaient. Où était l'attroupement un peu plus tôt, il ne restait qu'une flaque de sang et des débris humains.

Dans le regard de l'homme, il n'y avait rien. Pas de fureur, pas de délire, rien en tout cas qui ressemble au regard d'un type qui a pris du LSD.

Sa main est parvenue à ma cheville finalement et c'est ce qui m'a réveillé. J'ai senti une autre main sur mon épaule, et une autre sur mon bras, et une autre. J'ai repris mes esprits tout d'un coup et je me suis dégagé d'une ruade avant de me mettre à courir. Je n'avais qu'une idée en tête: rentrer chez moi, me mettre à l'abri dans mon grenier de la place des Vosges. En arrivant à l'entrée du Boulevard Beaumarchais, quelque chose a entravé ma course. On me retenait en arrière. Je n'ai vu que ses dents. J'ai fait un pas en arrière pour me dégager et j'ai lancé mon pied dans le ventre qui allait avec les dents.

L'homme, ou la chose... le putain de zombie? Il a chancelé et fait un pas, deux pas en arrière. Il s'est approché de moi à nouveau, très lentement. Dans ma colère, je l'ai attrapé par les bras et l'ai rejeté loin de moi, sur le boulevard.

C'est à ce moment qu'a déboulé la Clio. La voiture l'a percuté de plein fouet, la chose a rebondi un peu plus loin et a commencé à se relever. Le type dans la Clio a freiné brusquement, la voiture derrière l'a emboutie et la Clio a fini dans le kiosque à journaux.

Je devais rentrer chez moi. J'ai couru le long du boulevard, ça me semblait plus malin que de prendre la rue de Rivoli.

Autour de moi, le chaos. Les monstres semblaient se multiplier dans la foule. La place de la Bastille un jour de beau temps. Je n'ai plus regardé que devant moi. Quand une chose se présentait dans mon champs de vision, qu'elle soit vivante ou morte-vivante, je la bousculais et continuais à courir.

Je suis arrivé devant chez moi dans cet état-là. La place des Vosges était pleine de beaux jeunes gens au regard vide, comme toujours. Si ce n'est que certains couraient , criaient, pleuraient, se débattaient tandis que d'autres tentaient de les dévorer.

Je n'ai cherché à sauver personne, j'ai sorti mes clés tout en courant, j'ai à peine ouvert la porte et l'ai refermée immédiatement derrière moi. La cour était vide mais j'entendais toujours les cris. Je suis monté directement chez moi.



Le chat va bien, c'est tout ce que je peux dire. Les réseaux sont tous saturés, à part la wi-fi du bureau juste en dessous. Je ne sais pas qui est vivant ou qui est mort. Si vous recevez ce mail, répondez-moi, je vous en prie, je ne sais pas quoi faire.



 

 

 

  (à suivre.)

PS: si vous voulez une carte de la place de la Bastille, cliquez-là

 

Par Lechaf - Publié dans : Histoires à se raconter pendant la tempête - Communauté : Les chroniques de la meute
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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 21:39

 

 

 

Ce que j'ai oublié de dire, dans la première partie de cette chronique, c'est que, en plus de mes craintes, je nourrissais aussi un secret espoir. Ce qui m'a décidé à aller voir le film, ce qui en faisait un évènement possible, c'était la présence de Walter Salles à la réalisation, un cinéaste qui a gagné mon respect avec Carnets de Route, le récit initiatique du voyage d'Ernesto Guevara à travers l'Argentine et, surtout, le Chili. Au fond de moi, je m'attendais à un miracle.

 

Mes craintes se sont révélées infondées, et Salles évite le mélo la plupart du temps. A part deux ou trois scènes aux effets trop appuyés, mais dans l'ensemble, il évite cet écueil là. Il ne trahit pas le roman, pas au sens propre. Il ne rajoute pas grand choses aux péripéties, il n'en retire pas beaucoup non plus. Enfin, si, j'aurais voulu entendre la tirade de Dean à San Francisco, où il explique qu'il maîtrise le temps.

 

"Toi et moi, Sal, nous avons la maîtrise du temps."

 

Non, dans l'ensemble, il reste fidèle au roman. Le problème est ailleurs.

Ce qu'il manque, c'est la voix de Jack, son effort pour donner à leur dérive l'ampleur d'une épopée, l'enthousiasme, au sens premier du terme. Au sens de communion avec le divin. Kerouac était un catholique fervent, tiraillé entre l'aspiration au sublime et l'ivresse des sens. Sur la Route était la tentative de réconcilier ces deux facettes, de mettre l'aspiration à l'idéal au coeur de l'instant.

 

Mon secret espoir s'est trouvé aussi infondé que mes craintes.

Le film n'est pas mauvais, mais ce n'est pas un grand film. Il échoué à magnifier l'errance et l'amitié de ces hommes et de ces femmes. En ce sens là, oui, il trahit l'esprit de Kerouac et finit par le rendre banal.

 

Peut-être que c'est mon interprétation du livre qui est faussée, peut-être l'ai-je trop chargé, me suis-je trop identifié. Mais l'on ne peut montrer ce qui est invisible.

 

Banal...

 

N'empêche, à force de repenser à tout ça, je me retrouve pris de nostalgie et, à nouveaux, je suis celui sur le canapé et celui qui se languit de la route.

 

 

 

Par Lechaf - Publié dans : lectures - Communauté : Litterature
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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 12:38

 

 

 

 

 

 

Soit l'on a rien à dire, soit l'on est trop occupé pour parler. Ce sont les seules raisons de garder le silence. Ou alors ce que l'on a à dire est trop immense, trop dur ou trop complexe et l'on ne sait comment l'exprimer, les mots semblent trop légers, trop fragiles, trop exigus pour ce dont on voudrait les emplir.

 

Dans mon cas, c'était les premières raisons.

 

Pour me rattraper, j'ai décidé d'écrire deux textes aujourd'hui: avant et après.

J'ai déjà parlé de l'importance de Jack Kerouac pour mon univers mental. On comprendra donc que l'adaptation de Sur la Route en film représente un petit évènement pour moi. Seulement voilà, regardons la bande annonce

 

 

 

 

 

 

 

Comprenez-vous mieux mes inquiétudes? Si non, laissez-moi préciser: Sur la Route est un grand roman. Il a gardé sa force et sa grandeur même après être passé entre les mains d'une odieuse censure de la part de son éditeur. Kerouac savait la force de son oeuvre et il a du accepté ces compromissions car il voulait à tout prix éditer son roman. Et il a réussi à jouer la censure et à faire passer, en contrebande, l'euphorie transgressive, la joie sauvage de l'auto-destruction, l'appel à la libération des individus dans leur force et leur complexité. C'est ça qui fait le succès toujours renouvellé de Sur la Route auprès des adolescents.

Mais là, dans cette bande-annonce, je vois le mélo pointer le bout de son nez et j'ai peur que là où la censure a échoué, hollywood et ses violons ne réussissent et qu'ils ne transforment le brûlot en lampe de poche. Ce que j'ai peur, c'est qu'il ne fassent avec Sur la Route, ce qu'ils ont fait avec Je Suis une Légende. C'est à dire associer pour toute une génération ces termes avec un film médiocre, alors qu'ils devraient être associés à un roman transgressif et magistral.

Avec Je Suis une Légende, c'était moins grave, parce que le roman n'occupe pas une place aussi importante, et sûrement pas la place qui lui revient. Ce que je crains, c'est cette capacité de l'industrie du divertissement à embrasser les oeuvres les plus subversives pour en faire des produits de consommation courante.

 

 

Je vous dirai tout à l'heure si mes craintes étaient fondées.

 

ICI, un article pas inintéressant sur le sujet. On peut, ceci dit, regretter cette tendance des critiques internet à croire qu'en détestant ce que tout le monde aime, on a l'air plus malin. En fait, on a juste l'air aigri.

 

 

 

Par Lechaf - Publié dans : lectures - Communauté : Litterature
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 12:32

 

 

 

 

 

 

 

 

42. Ce qu'on appelle "la mode" est le phénomène étrange qui pousse les civils à vouloir porter un uniforme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lechaf - Publié dans : le Lechafisme - Communauté : Les chroniques de la meute
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 20:45

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand on a été adolescent dans les années 90, il fallait choisir son camp. Rock ou Rap. Noir désir ou NTM. Nirvana ou Wu-Tang. Il faut dire que l'adolescence est rarement subtile. Du moins, c'est comme ça que je l'ai vécu. Je faisais, bien à contre-coeur, l'expérience de la vie en société. Il y a peu d'endroits aussi conservateurs, normatifs et oppressant qu'une cour de lycée. Il fallait se forger une identité reconnaissable immédiatement et agir suivant les codes que l'on montrait.

Je ne sais pas si c'est clair. Pour reformuler: quand on était déguisé en rockeur, il fallait agir en tant que tel et idem pour ceux qui se déguisaient en rappeurs. De toute façon, on était tous plus ou moins déguisés.

Pas le choix, c'est une société qui guette la moindre faiblesse, la moindre faille lui est une arme pour faire de votre existence un enfer.

Moi, par exemple, j'étais rockeur stone. Et j'achetais mon shit auprès d'un petit gars déguisé en racaille qui posait au rappeur. Et on s'entendait bien puisqu'au fond, l'un comme l'autre nous n'étions jamais que deux petits gars de la campagne. Et autant dire que c'était plutôt paisible comme campagne.

Par contre, impossible d'écouter un disque ensemble. Ca semblait absolument irréconciliable. Jusqu'à...

 

Jusqu'à Ill Communication.

 

Je m'en doutais déjà un peu puisque j'étais fan de la Mano Negra, mais les Beastie Boys me l'ont confirmé. La musique se moque bien des étiquettes, elle est curieuse et métissée. Le principe fondamental et historique du rock and roll consiste à faire tomber les barrières sociales, tandis que toutes les autres instances -familiales, éducatives, médiatiques, politiques- s'échinenent à les reconstruire.

On nous sommait de choisir un camp mais grâce à cette musique, on pouvait remettre le choix à demain et dans un grand souffle de folie et de liberté, nous battre pour notre droit à faire la fête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un grand merci donc à Adam Yauch, MCA, et aux Beastie Boys.

 

Un autre truc sur les Beastie Boys, c'est qu'ils ont monté leur groupe en 1979, à l'âge de 15 ans et qu'ils ont sorti leur dernier album cet année. La fidélité en amitié et en musique.

 

 

 

 

 

 

 

Ah oui aussi, président de gauche... youhou... tout ça tout ça.

Par Lechaf - Publié dans : Chroniques du rock and roll - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Les métamorphoses, Ovide.

Billy the Bat, Naoki Urasawa.

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