Dimanche 9 février 7 09 /02 /Fév 10:37

 

 

La traversée, 3.


 

Les épisodes précédents : 1, La traversée et 2, Le cerbère.

 

 

 

 

(Une longue absence, due à une accélération de la vie réelle.)

 

 

 

Une rencontre.

 

 

 

 

Furieux, mais bientôt résigné. Je ne peux m’élever contre l’ordre cosmique, cela ne veut pas dire que je dois l’accepter de bon cœur. Je me tourne vers l’idée d’Edgar, qui n’a toujours pas pris forme, si ce n’est pour les yeux. Je me tourne vers le regard de l’idée d’Edgar. « Tu dois rentrer », me dit-il. « Et toi ? » réponds-je. « Non, vieux, tu dois te débrouiller sans moi maintenant, je reste là. Merci de me laisser me dissoudre en paix. » L’homme en noir me fait signe d’embarquer, un signe péremptoire, que je n’ai garde de défier. « Hey frangin ! Merci pour le pinard, au fait. », dit encore le fantôme Edgar tandis que l’embarcation quitte la rive et que ses yeux disparaissent..

 

« dissolvat in pace. »

 

 

Lechaf entendit les machines se remettre en route, puis la longue plainte d’une corne de navire. L’autre s’en allait. Abraham eut une courte pensée pour lui, sourit et s’engagea dans la forêt.

Le sentier était mince, au point qu’il semblait parfois se confondre avec le sous-bois. Les fougères, les ronces, et des plantes qu’il n’identifiait pas car elles n’existaient nulle part ailleurs, l’envahissaient et rendaient la progression difficile. Il devait fixer son regard sur ses pieds et son attention était entièrement tournée vers le prochain pas.

À travers la végétation, des plaintes, des pleurs, des lamentations lui parviennent et parviennent à le surprendre. Il avait presque oublié dans quel genre de lieu il se trouvait. Sagement, il ne cherche pas à savoir d’où viennent ces sons. Il y a des spectacles auxquels même un être imaginaire préférerait ne pas avoir à assister. Parfois, un rire. Un rire plus effrayant et plus sordide que tous les cris de douleurs.

Il devine que, s’il s’écartait du sentier, ces plaintes ou ce rire pourraient être les siens. Mais le sentier se fait plus difficile, les broussailles l’ont envahi tandis qu’il écoutait. Heureusement, il peut invoquer une machette et progresser à la manière d’un explorateur d’un autre siècle. Myriam, car c’est toujours ainsi qu’il appelle ses machettes, est affûtée, elle coupe, elle taille, elle découvre à nouveau le sentier. Elle rappelle à Abraham que, s’il se laisse à nouveau déconcentrer, la forêt pourrait bien avoir raison de lui, cette fois.

 

 

 

Après avoir bien marché et s’être vaillamment battu avec le sous-bois, Abraham arriva à une clairière. L’air sentait le printemps, le mimosa et l’espoir retrouvé. Les rayons de soleil tombaient oblique sur l’herbe courte et sur la mousse des rochers. Mais il ne pouvait voir de soleil s’il levait les yeux. Le sol de la clairière était donc recouvert d’herbe courte et parsemé de rochers moussus. Sur l’un de ces rochers, face à lui, était assis un personnage. Il avait un visage austère, cerné d’un collier de barbe grise. En s’approchant, Lechaf examinait ce visage et il lui semblait le reconnaître : s’il ne l’avait pas déjà vu, il l’avait sûrement déjà imaginé. La sévérité du regard était trop accentuée. C’était un masque, il en était sûr. Le personnage qu’il avait en face de lui était un comédien, un clown déguisé en patriarche.

 

« Bonjour » dit l’apparition avec solennité.

 

« Bonjour », répondit Lechaf.

 

« Sais-tu me dire qui tu es ? »

 

« Je suis… Je suis… Attends, je vais te dire ce que je suis, je suis… »

Abraham ne pouvait pas finir sa phrase, les mots se tarissaient dans sa gorge, alors qu’il faisait profession de faiseur de mots.

 

« Je suis un faiseur de mots. »

 

« Mais encore ? »

 

« Je suis… Je suis… Attends un peu, tu vas savoir ce que je suis… »

Il réfléchissait, mais ce n’étaient pas ses pensées qui lui venaient, c’étaient encore et toujours celles de l’autre, des pensées, des images, des intuitions, lui, il ne pouvait que les traduire en mots. Et encore…

 

« Je suis un mauvais traducteur. »

 

« Mais encore ? »

 

« Je suis… Je suis… attends, attends, je vais savoir te dire qui je suis. »

Il n’avait pas de mots, il n’avait pas de pensées. Il n’était que le nom qu’avait choisi l’autre, l’autre jouait de lui, se cachait derrière lui et parlait par sa bouche.

 

« Je suis un masque, et une marionnette, et un miroir déformant, et une image, et une main, et une bouche, et un souvenir, et une possibilité oubliée. »

 

« Mais encore ? »

 

« Je suis un courant d’air, et l’un des fils de l’autre, et un porte-voix, et un casque, et un drapeau, et une larme, et un sourire, et je suis celui qui tient une machette. »

 

« Ah, tu tiens une machette ? »

 

« Oui, elle s’appelle Myriam. »

 

« Qui te l’a mise dans la main. »

 

« C’est l’autre, bien sûr que c’est l’autre. »

 

« C’est l’autre qui décide ? »

 

« Oui, car je suis l’autre. »

 

« Alors tu existes ? »

 

« Oui, car je me suis inventé. »

 

« Et moi ? »

 

« Vous, vous êtes un masque, et une marionnette, et un miroir déformant, et une image, et une main, et une bouche, et un souvenir, et une possibilité oubliée, un courant d’air, et l’un des fils de l’autre, et un porte-voix, et un casque, et un drapeau, et une larme, et un sourire et vous êtes celui qui pose des questions et de vos questions doit jaillir un enseignement, comme de celles de Socrate, mais vous ressemblez plutôt à un bourgeois du 19ème siècle qu’à un philosophe grec. »

« Je suis le génie de la narration, j’existe parce que l’autre m’a rencontré dans un livre de Thomas Mann et qu’il a aimé l’idée. Je suis là pour dire que ce que j’invente existe par le seul fait d’être évoqué. De rien. »

 

« D’accord, merci. Et voilà, autant pour l’originalité et l’invention ! »

 

« Ne sois pas trop dur avec l’autre, tu sais bien qu’il ne croit pas à l’originalité ni à l’invention. D’ailleurs tu ressembles bien trop à Oscar Wilde pour te croire original. »

 

« Et toi, tu ressembles à un croisement de Freud et de maître Yoda. »

 

« C’est une description qui me sied mieux que la précédente. Passe ton chemin, maintenant et sois rassuré : tu existes. »

 

 

 

 

Par Lechaf - Publié dans : la traversée - Communauté : Les chroniques de la meute
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Mardi 17 septembre 2 17 /09 /Sep 17:04

 

 

 

Quand je mis le pied sur le ponton, le cerbère se mit à grogner, même si tous ses yeux étaient encore fermés. Le cerbère grognait doucement, c'est à dire que la terre tremblait et que les arbres perdaient leurs feuilles. Les planches du ponton sur lequel je me trouvais craquaient et bruissaient de façon effrayante. Le fleuve également s'agitait et sa surface, autrefois calme, était maintenant parcourue de vagues qui allaient en se creusant. Le bac même tanguait dangereusement et l'homme en noir avait mis la main sur sa dague. Il me regardait comme s'il s'apprêtait à réparer l'erreur qu'il avait commise en me laissant embarquer.

 

 

-Il va falloir chanter.

C'était la voix d'Edgar qui s'adressait à lui depuis la rive. Incrédule, il se tourna vers Abraham qui hocha la tête.

« Il a raison, tu vas devoir chanter. Ton chant est puissant, tu le sais. »

 

Son chant s'était mesuré à celui des sirènes, il avait charmé plus d'une bête fauve et commandé aux zéphyrs. Il avait apaisé la colère d'hommes et de dieux, et de toute la gamme des créatures qui se tenaient entre les deux. Certains disaient que son chant avait déplacé des montagnes, mais ça, il ne s'en souvenait pas.

 

Notre homme avança d'un pas sur ponton et le grondement qui emplissait l'air s'enfla encore.

Edgar était près de lui maintenant, même s'il n'avait pas encore repris la forme qu'il lui connaissait.

-Je vais te montrer.

 

Et il se mit à fredonner. Progressivement, Edgar chantonna et chanta de plus en plus distinctement la ligne soliste, notre homme le suivait et Lechaf se joignit ensuite à eux. Les fantômes sur le bac intervinrent à leur tour en un chœur puissant, comme s'ils connaissaient tous depuis toujours la partition.

 

Pendant un court instant, notre homme se rendit compte qu'il était seul, que son ami, son alter ego et la multitude des fantômes chantaient à travers lui, qu'ils étaient tous en lui et nulle part ailleurs et qu'il était seul, finalement, à porter leurs voix. A cet instant, précisément, le cerbère cessa de gronder. Le sentiment de solitude se dissipa vite et les esprits qui l'accompagnaient avaient retrouvé leur place à l'extérieur de son être.

 

IL NE PASSE PAS. Dit l'homme en noir dans leur dos. IL N'EST PAS PRÊT. SON CHANT N'EST PAS CELUI D'ORPHEE, SON ASCENDANCE N'EST PAS DIVINE ET SA FORCE SPIRITUELLE N'EST PAS D'UN CHAMAN. PAUVRE POETE. MISERABLE POETE. IMPUISSANT POETE. TU N'EST PAS PRÊT, TU N'ES PAS MORT, TU N'ES PAS RECONCILIE, TU IGNORES TOUT DE TOI-MÊME. HOMME ! RIEN QU' UN HOMME !

 

 

Il y eut un silence incrédule, car notre homme avait eu confiance en sa chanson et en sa voix.

 

« Eh! fit Abraham, regarde. »

 

Il s'avança et passa devant le cerbère sans que celui-ci ne réagisse. Avant de pénétrer dans la forêt, il se retourna vers notre homme.

 

« Alors, t'as les boules ? »

 

Notre homme, furieux, se tourna vers l'homme en noir et l'interrogea du regard.

 

LUI, IL PASSE. IL N'EST PAS DU MONDE DES VIVANTS, IL N'EST QU'UNE IMAGE. EN VERITE, IL N'EST QU'UNE SUCCESSION DE MOTS.

 

« Je te raconterai ! »

 

L'élégante silhouette de son pseudonyme s'engagea dans la pénombre, et disparut.

 

 

 


Par Lechaf - Publié dans : la traversée - Communauté : Ecrire et lire
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Mercredi 11 septembre 3 11 /09 /Sep 12:30

 

 

 

 

Il y a 40 ans, le 11 septembre 1973.

 

 

J'avais écrit ce texte à l'occasion du procès qui s'est tenu à Paris en Novembre/Décembre 2010.

Je n'ai pas connu la dictature, ce que j'ai connu, c'est d'être un enfant de l'exil et de vivre avec la présence/absence d'un disparu.

 

 

 

A propos d’une absence. 

 

 

 

Nous avons aussi été élevés par une absence.

Nous avons aussi été bercés par un silence.

Ce n'était ni une faille ni une erreur.

Juste une chaise vide,

D'un vide plein de présence.

Pas un hasard, pas un destin non plus.

Plutôt la confrontation inévitable de la volonté et de la nécessité.

Ce que dictait la situation.

 

Cette absence nous a silencieusement expliqué pourquoi un homme doit parfois laisser la place à une chaise vide pour être un homme.

 

Tandis que nous, nous étions les exilés. Nous nous serrions les uns contre les autres.

Nous ne faisions patrie de rien d'autre que de nous-même.

Alors, le silence nous sermonnait, nous imposait la révolte. La révolte au moins.

L'absence aussi nous élevait et faisait de nous ce que nous sommes devenus.

 

Ce vide était aussi un point de référence.

Une patrie qui n'existe pas, au nord de notre boussole morale.

 

Nous avons aussi été élevés par un absent.

Il nous a appris que la révolte n'est pas vaine,

Même quand la guerre est déjà perdue.

Et que le sacrifice n'a de sens que s'il sauve quelque chose.

Même si nous connaissons déjà la réponse, c'est ce que nous allons vérifier maintenant.

 

 

 

D'autres textes sur le Chili.

 

Par Lechaf - Publié dans : Chile
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Mercredi 4 septembre 3 04 /09 /Sep 15:08

 

 

 

 

J'ai donné une pièce, deux pièces à l'homme en noir et il m'a laissé monter à bord. L'embarcation était quasiment vide. L'homme en noir actionnait les machines. J'allai à la proue et posai mes coudes sur le bastingage. L'eau était marron et calme, les esprits étaient silencieux. Certains commençaient déjà à se dissiper. Pour me rassurer, je me concentrais sur mes sensations -indices que j'étais encore en vie- le frottement de mes vêtements sur ma peau, la barre du bastingage sur mes avant-bras, le vent sur mon cou, un bouton de moustique sur ma cheville et le léger ressac que je ressentais jusque dans mon estomac.

 

 

 

Il sentit un courant d'air, qui essayait de lui poser une main sur l'épaule.

« Et le rivage disparaissait dans la brume, tel le souvenir d'une époque révolue. »

-Salut, Abe, ça faisait longtemps.

 

Abraham se tenait maintenant à côté de lui, dans une relative transparence. Il lui offrit une cigarette imaginaire.

-Non, merci, vieux, j'ai les miennes, répondit notre homme en sortant de sa poche un paquet de cigarettes tangibles.

« La cigarette est les plus sublime de tous les vices : elle est exquise et vous laisse insatisfait. »

-Tu m'accompagnes jusqu'au bout ?

« La cuillère n'existe pas. »


Abraham ressemblait beaucoup à notre homme, bien qu'un peu plus grand et un peu plus mince. Affectant le dandysme, il portait une chemise blanche entrouverte dans un complet noir de coupe régulière et se chaussait de souliers vernis. Être imaginaire, il ne craignait ni le cancer ni la gueule de bois et passait son temps à fumer des cigarettes plaquées or, tout en buvant de petites gorgées de whisky vieux d'une flasque en acier portant son épigramme, A.L.

 

-Ça faisait longtemps...

« Car tu étais sec de poésie. »

-oui.

 

Ils regardèrent passer une minute de silence.

-Il est là ?

« Ils sont tous là, même s'ils se tiennent tranquilles pour l'instant. Tu ne les vois pas car tu gardes ton regard fixé sur l'eau, alors qu'ils sont tous sur le pont derrière toi. »

 

Effectivement, quand il se retourna, il vit une foule derrière lui. Une foule de gens qu'il n'avait pas remarquée en montant à bord. Des hommes, des femmes- beaucoup de femmes, des enfants.

 

« Regarde bien, tes amis perdus, tes amis trahis, tes amours ratées ; celles que tu as aimées sans les toucher et celles que tu as touchées sans les aimer. Tes promesses non tenues, tes fuites, tes lâchetés. Le musicien que tu n'es pas devenu, l'érudit que tu n'as pas réussi à devenir, le voyageur... guère plus qu'une vision celui-là aussi. »

-Ah, c'est sûr que ça fait du monde. Seulement mes déceptions sont venues ou mes quelques réussites sont là aussi ?

« Tes réussites ? Voyons. »

-Il y en a que je ne reconnais pas.

« Ceux-là, ce sont les morts de cette terre et de cette eau. Les disparus, les noyés, les oubliés, les victimes, les bourreaux et les témoins muets. »

-Lechaf... ?

« Oui »

-Ils ne disent rien. Ils me font peur.


Lechaf rit.

 

« C'est normal qu'ils te fassent peur, ce sont des fantômes après tout. Le contraire serait plus inquiétant, à vrai dire. »

-Je veux bien une gorgée de whisky maintenant.

« C'est du scotch, et il est imaginaire. »

-Pas grave.

 

Bien qu'il n'existât pas, le scotch lui fit du bien. Il tourna le dos aux fantômes et reprit sa position, les avant-bras sur le bastingage. L'eau était toujours calme et, à travers la brume, la rive opposée commençait à se dessiner. La berge à cet endroit était une pente recouverte d'herbe verte, comme à Castets. Quelques mètres plus haut se trouvait l'orée de la forêt et sa pénombre permanente.

A sa droite, un ponton de bois, la destination du bac.

Une créature était assoupie sur l'herbe, près du ponton. C'était apparemment un chien, qui dormait paisiblement, ses trois têtes posées sur ses pattes griffues.

 

-En fait, ce n'est pas du tout la Garonne, ce fleuve ?

Lechaf sourit.


« Non. »

 


Par Lechaf - Publié dans : la traversée - Communauté : Ecrire et lire
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Lundi 8 juillet 1 08 /07 /Juil 14:44

 

Hey, poète !

Toi qui assènes, toi qui crois savoir

Toi qui te persuades

Poète, toi qui sais et qui proclames

Poète, toi qui dis ta peine

Toi qui crois que les chants désespérés sont souvent les plus beaux

Et qui en connais d'immortels qui sont de purs sanglots

Toi qui ouvres des deux mains tes blessures

pour en arracher les ruines de ton cœur,

Toi qui agites cet abat sanguinolent

Sous le regard réjouis des passants

Toi qui as crié :

                             « il n'y a pas d'amour heureux »

 

Et qui continuais à croire en d'autres folies

Toi qui te complais dans l'inatteignable

Et qui savoures tes échecs comme d'autres le vin vieux.

                                                 Qu'est-ce que tu en sais ?

Qu'est-ce que tu en sais, toi, de l'amour ?

En sais-tu plus que ce qu'un prêtre sait des dieux ?

En sais-tu ce que le sculpteur sait du marbre ?

Tu le connais comme je connais le latin,

par les livres, par ce qu'on t'en a dit.

On t'a bien dit que ta matière est dans le malheur.

Et tu t'accroches à cette idée comme un prêtre à celle des dieux car sinon, que pourrais-tu dire ?

Chanterais-tu encore, poète, s'il en était autrement ?

Dis-moi ça, poète.

 

 

 

 

Par Lechaf - Publié dans : poésie - Communauté : Ecrire et lire
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En ce moment, je lis:

La vie, mode d'emploi, Georges Perec.

 

L'art du roman, Virginia Woolfe.

l'éternaute, Breccia et Oesterheld. 

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